C’est un vendredi en fin d’après-midi que je rencontre Madame Jorissen, directrice de l’établissement C.-F. Ramuz, dans son bureau au collège d’Entre-Bois. Elle me confie que ces heures sont généralement calmes, même s’il n’est pas rare qu’un élève vienne en panique avec la demande de récupérer son téléphone confisqué durant la semaine, juste avant le week-end.
Originaire des Pays-Bas mais établie en Suisse depuis presque 30 ans, directrice à Bellevaux depuis 3 ans, nous avons sollicité cette interview afin de mieux connaître son quotidien et celui de l’établissement.
1. Pourquoi avoir choisi de postuler à ce poste de directrice ? Je crois savoir que votre parcours professionnel ne vous y prédestinait pas forcément.
Comme souvent dans la vie, c’est un concours de circonstances qui a fait que je me retrouve aujourd’hui à diriger l’établissement C.-F. Ramuz. Je suis arrivée en Suisse en 1998 pour une mission de trois ans dans le placement du personnel. L’entreprise-mère allait m’envoyer dans un autre pays, une fois que la mission serait accomplie. Comme je me sentais bien ici, j’ai quitté mon emploi et me suis dirigée naturellement vers l’enseignement, mon métier de base. Au fil du temps et après divers postes de direction et des rencontres, je me suis laissée convaincre d’envoyer une candidature spontanée au Département de l’éducation.
2. Depuis votre entrée en fonction, avez-vous pu apporter des changements significatifs au quotidien des élèves ?
Le règlement de l’établissement avait plus de 10 ans. À mon arrivée, nous avons entrepris une révision en collaboration avec le corps enseignant et des représentant-e-s des élèves. La tenue vestimentaire était un sujet très discuté, en particulier l’interdiction de venir en classe en jogging. Selon les anciennes directives, cette manière de s’habiller pouvait être un obstacle à un bon apprentissage. Après avoir écouté les arguments de chacun, cette interdiction a été supprimée dans la nouvelle version.
3. Je suppose qu’il n’existe pas de mode d’emploi pour ce poste, mais quelles sont, à votre avis, les qualités requises ?
Il faut être à l’écoute, aussi bien du corps enseignant que des élèves et des familles. La communication est essentielle, tout comme la cohérence : il faut faire preuve d’humilité et savoir reconnaître ses erreurs lorsque cela est nécessaire.
4. Quels adjectifs utiliseriez-vous pour décrire votre établissement ?
Multiculturel, chaleureux et authentique. Quarante langues sont parlées au sein des familles de nos élèves. Les opinions sont parfois exprimées de manière très directe et virulente, mais sans hypocrisie. Cela permet d’aborder les problèmes franchement et de faciliter leur résolution.
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5. Existe-t-il une coordination entre les différents directeurs et directrices des établissements de Lausanne ? Si oui, quels sont les sujets les plus fréquemment abordés ?
Oui, nous avons des réunions hebdomadaires avec les directrices et directeurs des 15 établissements de Lausanne. Les sujets abordés sont très variés et vont de la planification (suppression ou création de nouvelles classes) à la prévention sur les réseaux sociaux, en passant par la santé à l’école et la formation. Le bien-être des élèves est un thème récurrent dans nos discussions.
6. Comment se déroule votre quotidien ? Devez-vous gérer régulièrement des conflits entre élèves ou avec des parents ?
Des séances hebdomadaires sont prévues avec les doyens. Les professeurs, les psychologues ou l’infirmière scolaire peuvent également demander des entretiens concernant une classe ou un-e élève en particulier. Mon quotidien varie aussi selon la période de l’année. En ce moment, par exemple, nous sommes déjà en train de planifier l’enclassement pour la rentrée 2025, qui dépend de l’évolution démographique.
Les rencontres avec les parents d’élèves restent relativement rares. Si un rendez-vous s’avère nécessaire, il passe d’abord par le maître de classe, puis éventuellement par le doyen.
7. Comment se passe la collaboration avec les familles ?
La commission d’établissement, qui se réunit quatre fois par an, est un bon moyen de créer du lien avec les familles et de cerner certaines problématiques. Y participent des représentants des parents d’élèves, des associations de quartier, le corps enseignant et le monde politique.
8. Si vous aviez carte blanche pour proposer une mesure inédite dans votre établissement, que feriez-vous ?
Il faudrait mettre en place une aide en classe axée sur le comportement et le vivre-ensemble. C’est une tâche qui incombe actuellement aux professeurs et qui peut être très chronophage, sortant parfois du cadre pédagogique.
9. Pour terminer, avez-vous une anecdote liée à l’école qui vous vient à l’esprit ?
Dans une classe de VG (voie générale), une élève a posé la question suivante : « Si on n’enchaîne pas directement avec le gymnase après l’école obligatoire, est-il quand même possible d’entrer à l’université un jour ? »
Le professeur, trouvant la question très pertinente, s’est lancé dans une explication détaillée des nombreuses voies possibles. Après un moment, une autre élève a levé la main et demandé : « À quel âge arrête-t-on d’apprendre ? »
À méditer...
Patrizio Longo, interview réalisée en février 2025


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