L'usine Omega à Bellevaux

Le bâtiment de l'ancienne usine Omega

Dans un quartier comme Bellevaux, ce sont les habitantes et les habitants qui gardent la mémoire du quartier et permettent d’en écrire l’histoire. 

C’est au café Entre-amis du mercredi matin, au Centre socioculturel, que j’ai appris qu’Omega avait eu une usine de montres de luxe, ici, sur le chemin d’Entre-Bois. Plusieurs fois, nous avons parlé avec trois anciennes employées de la vie d’ouvrière spécialisée à Omega. 

Bellevaux a connu une activité industrielle au 20ème siècle. Certains bâtiments du chemin d’Entre-Bois sont d’anciennes fabriques, et le numéro 23 était l’usine Omega. Avant, l’usine était petite, là où on trouve aujourd’hui la bibliothèque, mais plus tard, Omega a fait venir des spécialistes jurassiens pour agrandir et s’est installée au numéro 23. L’usine Omega a produit ainsi ses montres de luxe à Bellevaux pendant plusieurs années.

Leurs souvenirs relatent la vie de femme ouvrière dans les années soixante et septante. 

Voici quelques extraits de notre conversation :

- «C’était une très belle époque !

- Oui on s’entendait bien. Y a qu’à voir, après tant d’années on est encore là, toujours copines. 

- Vraiment c’était familial, il y avait encore de l’humanité. 

- On était une superbe équipe ! Parce qu’on était plus de trois cents dans les ateliers.

- Pas besoin d’une formation préalable, la formation était donnée directement à l’engagement. On apprenait à faire un mouvement. Mais il fallait tout de même plus d’une journée pour apprendre.

- On avait une machine, au début je comptais pour faire le temps : « un, deux, trois ». On devait vérifier avec un binoculaire si la pièce était bien faite ou pas. Après il fallait la calibrer. C’était le système de montres à rotor : quand on bougeait le bras, la montre se remontait. 

- Et après une année, on avait droit à une montre à moitié prix. J’en ai une belle. Je l’ai donnée à ma fille, elle l’a toujours, elle l’a gardée. J’ai fait pendant 17 ans le même travail !»

Sur l’annonce qui illustre cet article, ce sont spécifiquement des femmes qui sont recherchées pour ce travail. Les femmes étaient moins bien payées bien sûr, c’était donc une économie importante d’employer des femmes dans une usine. Pourtant, on pensait aussi que les femmes étaient plus douées pour le travail de précision.


- « On était sous-payées !

- Le salaire se calculait au rendement. On travaillait au rendement. On était chronométrées, par contre, il fallait pas aller au maximum, parce que, au moment où vous êtes au maximum, eux, ils vous en demandent plus !

- La répétition d’un même geste jour après jour n’est pas facile.

- On travaillait 9h par jour. J’avais une machine, et je devais garder la roue. J’avais un écran, je devais la redresser, donc tu peux pas faire ça en vitesse, ou tu gicles tout. Alors il fallait redresser jusqu’à ce que ça tourne bien. Des fois je me tapais la tête contre l’écran, parce que ça fatigue d’être toujours fixée sur l’écran.

- Dans mon atelier, on faisait le mouvement de la montre, à l’intérieur.

- Les hommes étaient aussi présents dans l’usine. Ils avaient les postes les plus importants.

- Il y avait beaucoup plus de femmes que d’hommes. De toute façon, tous les hommes étaient chefs. Le chef, le sous-chef, le sur-chef…

Mais la proximité de l’usine avec les logements permettait aussi un peu de souplesse. 

- J’habitais à côté. J’avais trois enfants. J’étais obligée de travailler. Comme j’habitais tout près, ils savaient, mes gamins : quand ils se levaient, ils levaient le store. Quand le store était levé, je savais qu’ils étaient debout, je savais qu’ils allaient déjeuner et qu’ils allaient à l’école. Si le store n’était pas levé, ils me laissaient aller à la maison. Mon jour de lessive, ils me laissaient aller à la maison ! On était bien ! 

- Après c’est devenu plus dur, mais les enfants étaient plus grands.»

L’usine a annoncé qu’elle fermait en décembre 1980.

Chacune a alors trouvé un emploi ailleurs.

Si vous avez des traces de l’histoire de Bellevaux, des souvenirs à raconter, ou des photos à partager, n’hésitez pas à contacter le Centre socioculturel de Bellevaux. Nous serons heureux d’entendre vos témoignages.

Séverine avec Aline, Marianne et Yvette

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